08 janvier 2008
Le petit Nicolas et la Belle du Seigneur
La thèse est intéressante, mais difficilement transposable de ce côté-ci de l’Atlantique : les scénaristes hollywoodiens produisent 24 heures et Prison Break pendant que nous tricotons Plus belle la vie et Joséphine ange gardien.
Alors il m’est revenu une info en mémoire. Un jour qu’un magazine plutôt audacieux l’interrogeait sur ses penchants littéraires (eh oui…), Sarko citait Belle du Seigneur. Aïe : certes le pavé d’Albert Cohen est un chef d’œuvre incontestable, une histoire d’amour d’une intensité probablement inégalée. Mais c’est aussi une œuvre d’un cynisme insondable et d’une effroyable cruauté. Bref, une story à ne pas mettre entre les mains d’un chef d’Etat.
Et si le pire était à venir ?
19:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : niort, sarkozy, christian salmon, storytelling, albert cohen, belle du seigneur
30 décembre 2007
D'un siècle à l'autre, la démocratie locale
Vendredi 21 décembre, 18 heures, perchoir de la salle du Conseil municipal. J’ouvre tout de suite une parenthèse, qui n’est pas sans rapport avec ce qui suit : qui ne connaît pas cet espace réservé au public ne connaît pas tout à fait sa ville. Il est vraiment étonnant : on le croirait ajouté à la dernière minute par un architecte qui pourtant n’avait pas la réputation d’être distrait. Dans un sens (celui de la longueur), il se veut en tribune mais la pente n’est pas assez raide comme dirait notre voisin Raffarin. Résultat : seul le premier rang voit, les autres entendent. Dans l’autre sens, celui de la largeur, là aussi, c’est le drame : l’enfilade de chaises sur une dizaine de rangs ne vous laisse d’autre choix que d’endosser la veste réversible de l’emmerdeur et de l’emmerdé. Soit vous dérangez tout le monde pour aller vous planquer au bout de rang (et ne plus en bouger). Soit vous vous auto-condamnez au piétinement en vous installant à l’entrée du rang, proche de la sortie en cas de séance soporifique.
Ce qui ne sera pas le cas ce soir là. Il est principalement question du parking souterrain en projet sous la place de la Brèche. Alors que les élus dégoupillent les dernières grenades de l’année 2007, me revient en mémoire ce jour où je suis descendu aux archives de la mairie pour les besoins d’un article sur l’histoire justement de l’Hôtel de Ville. Dans l’inconfort d’un cagibi mal éclairé je n’avais pu m’empêcher de compulser les comptes rendus des Conseils municipaux qui avaient précédé il y a plus d’un siècle la construction de l’imposant édifice. Un vrai régal. Et étonnamment actuel : hormis les voitures qui désormais polluent tout débat sur la question urbaine, mêmes arguments pour et surtout contre : c’est n’importe quoi, feriez mieux de vous occuper des pauvres, aïe nos impôts, et évidemment, l’arme qualificative inusable : pharaonique bien sur !
Je me suis posé la question de savoir si dans un siècle, quand ils feront la même démarche de renouer à la lumière des PV des Conseils municipaux le fil des décisions qui auront présidé à la rénovation de la place de la Brèche, les journalistes, historiens et archivistes locaux auront le même sentiment : que les années effacent les plans de carrière personnelle, les intrigues de palais et intentions (à peine) cachées pour ne retenir que la substantifique moelle d’un débat démocratique alimenté par des interventions – à quelques exceptions près quand même – somme toute plutôt riches et bien ficelées.
Mais remontons à notre perchoir : rien ne permettra là non plus de témoigner que « veillait » au-dessus de l’assemblée un drôle d’aréopage composé de citoyens soucieux de vivre en direct un épisode historique de leur cité et de curieux venus assister à un combat de gladiateurs, à la décomposition/recomposition d’une assemblée qui finalement, ne semble pas résolue à finir sous les gravats du parking de la Brèche.
C’est peut être ça la démocratie.
10:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : niort, place de la Brèche, Conseil municipal, démocratie locale
17 décembre 2007
la rocade : principe de réalité ou de poésie ?

Edgar Morin nous enseigne que l’existence est un tissu alternatif de prose et de poésie : « La prose, ce sont toutes les choses pratiques, ennuyeuses ; la poésie, c’est tout ce qui nous met en état de grâce, d’émotion, de ravissement. » Plus loin il nous recommande de « bien tenir ces deux chevaux » pour accéder à la sagesse.
Si l’on suit les préceptes du philosophe et tentons de les illustrer, emprunter une rocade en voiture relèverait plutôt de la prose. Tout le monde est d’accord là-dessus : nous avons bien affaire à une voie réservée au principe de réalité qui nous tire vers le magasin de bricolage. Sinon, on serait dans les chemins creux (principe de poésie).
Et bien pas à Niort. Dans la ville des mutuelles tranquilles sévit une poignée d’énergumènes, comme dit la maréchaussée, qui fait dans le slogan signifiant et le peint sur l’arête des ponts métalliques enjambant les voies de contournement. Impossible d’échapper à leurs étonnantes interpellations : Français tu dors - On arrête tout – Le ciel et la terre sont en vous – Niortais réveille toi – Et la plus étrange de toutes : « As-tu bien obéi aujourd’hui ? » Mais qui peuvent bien être ces forcenés du pinceau qui nous invitent à cette profonde et réjouissante réflexion ? De doux rêveurs qui ne tiendraient plus la bride d’un des chevaux évoqués par Edgar Morin ? Parce qu’il faut quand même une sacrée dose de détermination pour sortir la nuit, charger les pots de peinture noire à l’arrière du fourgon, escalader les ponts et risquer les foudres de la BAC.
Merci à eux en tous cas. Ils ont semé sur nos rocades froides des petits clignotants libertaires et font régner sur leurs bas-côtés un parfum altermondialiste plutôt rafraîchissant.
23:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rocade, niort, edgar morin, tags, slogan, altermondialiste
12 décembre 2007
Tous proches de Vladimir, Guillaume et Mouammar
Il y a parfois dans l’actualité du dimanche soir une info, un reportage, un témoignage qui vous fait commencer la semaine avec un méchant frisson dans le dos. Sans pouvoir se l’expliquer clairement, on sent confusément que c’est du gros. Dans cet extrait de l’émission de Paul Amar, Revu et corrigé diffusée le 9 décembre sur France 5, un de nos plus grands journalistes d’investigation, Guillaume Dasquié, craque en direct au sortir de 40 heures d’interrogatoire dans les bureaux de la DST. Et pour cause. Son récit réunit tous les ingrédients d’une parfaite production américaine type 24 heures : un soupçon de complot international, des documents secret-défense, des hommes et des femmes de l’ombre propres sur eux qui perquisitionnent poliment, une succession de personnages hauts en pouvoirs qui tous donnent dans le « conseil d’ami » derrière lequel se cache cette terrible exigence : « on veut des noms. »
« Loin de nous… microcosme… bon pour les Parisiens » réagit souvent le quidam des bucoliques provinces face à ce genre d’actu. Pas si sur. Parce qu’on n’est pas au cinéma et que la fiction est naine face à la férocité d’une telle réalité. Parce que d’une certaine façon, tout cela se passe près de chez nous. Internet a fini d’abattre les murs qui séparaient le local et l’universel. Tous concernés désormais. Tous mentalement situés entre Poutine qu’on félicite et Khadafi qu’on reçoit dans les hauts lieux de la capitale des Droits de l’Homme. Le méchant frisson ne refroidit plus seulement le dos des professionnels de la profession d’informer. Il peut aussi, légitimement, parcourir l’échine du promeneur niortais.
08:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guillaume dasquié, revue et corrigé, paul amar, niort
08 décembre 2007
Notre sœur Regina s’est envolée.
On ne peut que se réjouir de la décision des services de l’Etat de régulariser « à titre humanitaire » une famille de réfugiés angolais installée à Parthenay, et qui depuis le mois de septembre vivait sous la menace d’une expulsion. Plus au nord, Régina Toko a eu moins de chance. La population thouarsaise est encore sous le choc du sort réservé à cette jeune camerounaise contrainte le 28 novembre de quitter le territoire national et de rejoindre son pays d’origine. Les quotidiens du jour publiaient dans leurs pages régionales la lettre adressée par l’ami de la jeune femme à Brice Hortefeux. Dans des termes très respectueux, Thierry Coulais tentait une dernière fois de convaincre le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement que la décision était injuste et inhumaine : « Ma compagne ne vit pas seule en France mais a réellement ici une famille qui l’aime et un entourage qui la soutient. Comment une simple démarche administrative peut-elle aller à l’encontre du seul droit d’aimer et détruire une famille unie ? Et de conclure : Les liens de cœur qui se sont tissés entre mes enfants, moi-même et Mlle Toko représentent notre vie et notre bonheur. »
Par un curieux et cruel télescopage d’infos, les mêmes quotidiens nous apprenaient quelques pages plus loin que le ministre en question était en mission au Mali, parti appliquer là-bas le programme que son patron Nicolas Sarkozy a baptisé « immigration choisie ». Une démarche qui, toujours selon les deux journaux, rencontre un succès plutôt mitigé auprès nos amis africains. Bientôt donc, une infirmière ou un informaticien africain viendra remplacer la jeune Régina qui, aux yeux de l’administration, ne sert à rien. Si ce n’est à rendre un homme et des enfants heureux. Mais cela n’entre pas dans le logiciel gouvernemental. De toutes les façons, c’est trop tard : celle qui aurait pu devenir notre sœur s’est envolée. Et avec elle, un petit morceau de la nation.
01:05 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : regularisation, expulsion, thouars, niort, regina toko, thierry coulais, droits de l'homme
07 décembre 2007
artistes de garde
Ils ont parfois de drôles d’histoires à raconter les artistes niortais. Surtout lorsqu’ils sont de garde. C’était le cas le week-end des 24 et 25 novembre. Un concept plutôt rigolo, les « Artistes de garde » : vous poussez la porte de leur atelier, et là, en guise de prescription immédiate, un thé ou un jus d’orange, quelques mots d’accueil. On se sent tout de suite mieux. Cap sur la Roussille. Ici, ils sont sept à veiller sur nous : Marine Hoyas, Jean-Luc Renaud, Thierry Quitté, Carole Tomazeau, Sylvia Trouvé, Olivier Le Nan, Valérie Gavaud,. Sans oublier Marbu, un Sans Atelier Fixe au visage rieur et débonnaire hébergé par son « frère d’art » Jean-Luc Renaud. Les anciens ateliers et séchoirs des chamoiseries de Saint-Liguaire sont sculptés par un soleil hivernal plutôt bien venu. Sans abuser de la place, Marbu a disposé quelques toiles à même le parquet. Devant chaque œuvre, un texte. Non pas une (ba)lourde explication d’œuvre, mais une petite perle littéraire qui joue avec les noms d’artistes du passé et annonce leur présence picturale sur les toiles de l’artiste niortais. Beau procédé de création, et curieuse histoire personnelle : Marbu est titulaire d’un « prix de la Ville de Niort » qui lui a été décerné dans les années 1970. Puis il a posé les pinceaux, pour un exil alimentaire parisien de… près de quarante ans ! Les toiles exposées datent de cette époque. Elles ne font par leur âge : les blancs sont restés blancs, les teintes éclatantes, l’inspiration surréaliste.
Ah oui, la drôle d’histoire : Marbu a perdu toute trace d’une couleur qu’il utilisait dans ses jeunes années. Un bleu profond et lumineux. Ce bleu, il ne le trouve plus. Disparu des rayons. Pour un non initié c’est assez curieux de se dire que les tubes de peinture participent eux aussi au grand manège du commerce mondialisé, avec ses marges brutes, ses seuils de rentabilité, ses références, sa disponibilité en magasin. Le bleu en question ne devait pas rapporter suffisamment : il a été supprimé. Il est consterné Marbu. Mais nullement découragé. Il est prêt à se passer de son bleu profond pour entamer sur ses bases une carrière d’artiste-retraité.
07:00 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : artistes de garde, niort, roussille, marbu, jean-luc renaud
06 décembre 2007
l'air du temps

Perché au 9ème étage d’un immeuble, en plein centre de Niort, j’aperçois les éoliennes tourner dans le lointain. Quatre grandes hélices blanches qui semblent veiller sur la cité et filtrer pour elle l’air du temps. Au-delà du Donjon immobile – une « grosse molaire renversée » dixit un Niortais qui ne respecte rien –, des flèches plutôt fiérotes des églises Saint-André et Notre Dame, leur mouvement lent dans le soleil de novembre fascine. Je veux les approcher. Direction Saint-Rémy, aux frontières de la Vendée. Juste me placer à l’abri de leurs immenses pales, m’enivrer de leur tournoiement régulier.
Depuis, les lignes imaginaires qui les relient composent mon église. Je vais voir les éoliennes comme on va visiter un parent aimé qui s’apprête à quitter le monde : en silence.
Je les ai prises en photo.
Je suis rentré chez moi et j’ai décidé d’ouvrir un blog.
19:50 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : eolienne, air du temps, niort










