17 décembre 2007
la rocade : principe de réalité ou de poésie ?

Edgar Morin nous enseigne que l’existence est un tissu alternatif de prose et de poésie : « La prose, ce sont toutes les choses pratiques, ennuyeuses ; la poésie, c’est tout ce qui nous met en état de grâce, d’émotion, de ravissement. » Plus loin il nous recommande de « bien tenir ces deux chevaux » pour accéder à la sagesse.
Si l’on suit les préceptes du philosophe et tentons de les illustrer, emprunter une rocade en voiture relèverait plutôt de la prose. Tout le monde est d’accord là-dessus : nous avons bien affaire à une voie réservée au principe de réalité qui nous tire vers le magasin de bricolage. Sinon, on serait dans les chemins creux (principe de poésie).
Et bien pas à Niort. Dans la ville des mutuelles tranquilles sévit une poignée d’énergumènes, comme dit la maréchaussée, qui fait dans le slogan signifiant et le peint sur l’arête des ponts métalliques enjambant les voies de contournement. Impossible d’échapper à leurs étonnantes interpellations : Français tu dors - On arrête tout – Le ciel et la terre sont en vous – Niortais réveille toi – Et la plus étrange de toutes : « As-tu bien obéi aujourd’hui ? » Mais qui peuvent bien être ces forcenés du pinceau qui nous invitent à cette profonde et réjouissante réflexion ? De doux rêveurs qui ne tiendraient plus la bride d’un des chevaux évoqués par Edgar Morin ? Parce qu’il faut quand même une sacrée dose de détermination pour sortir la nuit, charger les pots de peinture noire à l’arrière du fourgon, escalader les ponts et risquer les foudres de la BAC.
Merci à eux en tous cas. Ils ont semé sur nos rocades froides des petits clignotants libertaires et font régner sur leurs bas-côtés un parfum altermondialiste plutôt rafraîchissant.
23:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rocade, niort, edgar morin, tags, slogan, altermondialiste










